KAREN FARKAS

Arpàd Fay, journaliste, Paris 2007

Voici des chambres où l’on surprend les amours incestueuses d’Agathe et d’Ulrich, les héros du roman philosophique de Robert Musil « L’homme sans qualités ».

Puis des Nuits parisiennes, où les personnages rétrécis se perdent dans des décors angoissants inspirés des récits de Georges Bataille.

Enfin, des paysages de collines bourguignonnes évoquant Balthus, d’où les silhouettes ont disparu et où les arbres laissés à eux-même dessinent des géométries délirantes.

Le point commun ? Un art crépusculaire habité par l’inquiétante étrangeté. Une folie qui s’enracine dans des arcanes métaphysiques, empruntant à De Chirico.

Mais l’originalité de la démarche du peintre, c’est que l’inquiétude vient de détails ténus, voire imperceptibles.

Les figures, muettes, troublent par leur affinité avec des statues. On les surprend dans de fragiles gestuelles, où l’incertitude du mouvement anticipe la brutalité du dénouement probable. Certaines empruntent leurs attitudes aux personnages que Gislebertus a modelés sur le porche de la cathédrale d’Autun, pour interpréter des scènes ironiquement contemporaines.

Les paysages décrivent les heures les plus instables, l’instant ou la lumière bascule . L’éphémère d ‘une ombre portée dit la fugacité d’un équilibre. Une lumière irréelle irradie la toile, obtenue en jouant sur la clarté des réserves et l’intensité presque factice des tons posés en glacis.

Chaque tableau recèle une menace. Mais la sorcière qui tire le rideau de « la Chambre » de Balthus a disparu : le danger vient de l’absence de menace, ou du moins d’une menace qui nous promet au moins autant de délices que de châtiments.

Arpàd Fay, journaliste, Paris 2007

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